Sasha Cohendy a lancé Musique Magique en 2023 avec une idée simple : organiser un festival solo, sans subventions, en disséminant des concerts dans les salles indépendantes de Marseille. Trois éditions plus tard, la formule n'a pas changé. Les jauges restent petites. L'affiche mélange des noms confirmés de la scène électronique et expérimentale française avec des projets que personne ne connaît encore.
La quatrième édition se déploie du 30 avril au 16 mai 2026, sur six dates et cinq salles : l'Embobineuse, la Brasserie Communale, le Méta, le Soma et le Molotov. Au programme, entre autres : Sentimental Rave, Musique Post Bourgeoise, DAREDA, Soupe Froide ou encore un live audiovisuel de François Ier.
On a posé quelques questions à Sasha pour comprendre comment tout ça tient et pourquoi ça continue.

Quatrième édition. En trois ans, Musique Magique est passé de "fantaisie" à rendez-vous. À quel moment tu t'es dit que c'était devenu un vrai truc, pas juste une lubie ?
Dès la première édition, en fait. Le vrai truc, ce sont les rencontres. Des artistes qui se croisent, des gens qui viennent écouter et qui finissent par sympathiser entre eux ou avec les artistes qu'iels étaient venus voir. Les rencontres, c'est la base de tout — si mes parents ne s'étaient pas rencontrés, je ne serais juste pas là. L'idée, c'est de créer un moment qui rassemble des gens dans un contexte bienveillant. De ça peuvent découler des choses chouettes, et la musique, c'est un bon vecteur pour tout ça.
“Mon petit modèle économique arrive à garder l'équilibre, et sur les trois dernières éditions, je ne me suis pas mis dans le rouge.”
Tu organises tout seul, sans subventions, et tous les artistes sont payé·es sauf toi. Comment ça tient concrètement ?
Déjà, cette année, pour la première fois, je ne suis pas seul : Jeanne et Tiziana m'épaulent, et ça fait chaud au cœur. Sinon, ça tient plutôt bien ! Mon petit modèle économique arrive à garder l'équilibre, et sur les trois dernières éditions, je ne me suis pas mis dans le rouge.
C'est weird à dire, mais le fait de ne pas avoir de subventions m'évite de me crasher le jour où on me les retire. En vrai, j'aimerais en avoir dans le futur, pour mieux rémunérer les artistes, investir dans du matériel, ou simplement avoir plus de moyens pour organiser des choses encore plus fun. À chaque édition, il y a toujours au minimum la moitié des événements gratuits. Financièrement, ce ne sont pas ceux-là qui me font le plus peur, parce que la salle nous donne une enveloppe fixe. Le montant varie, mais l'avantage, c'est que quel que soit le succès, le festival touche la même somme. Le stress, c'est plutôt les événements payants : si c'est un succès, tout va bien, mais si pour une raison ou une autre c'est un flop, on peut vite être en difficulté. L'intérêt du format multi-dates, c'est que tout ça s'équilibre sur l'ensemble, et ça me permet de garantir les cachets des artistes sans trop de pression.
Ça tient aussi parce que des gens soutiennent le projet : Ultraviolet, qui imprime les tee-shirts depuis trois ans, la Brasserie Communale (où je bosse) qui se casse le crâne pour adapter mon planning au festival et qui offre de superbes conditions d'accueil pour les concerts, et bien sûr les artistes, qui acceptent les conditions que je leur propose, parfois en baissant leur cachet.
L'affiche va de Sentimental Rave à Musique Post Bourgeoise en passant par DAREDA. C'est quoi le fil conducteur ?
Je pense à des artistes parce que je vois le monde de la musique comme une grande famille. J'en ai rencontré plein et j'aime les inviter. J'aime aussi en inviter d'autres pour mieux les connaître. Souvent c'est par connexion, parfois par recommandation. Le fil conducteur, c'est que ce sont des artistes passionnés — et de gauche. Pour moi, même si on pratique des genres radicalement différents, j'ai la conviction qu'on travaille ensemble, qu'on est dans la même équipe. La plupart des projets musicaux peuvent marquer les esprits lors d'un concert ; il faut créer le contexte favorable. Mon travail, c'est beaucoup de les inviter au bon endroit et au bon moment.
Six dates étalées sur deux semaines et demie, de petites jauges à chaque fois. Pourquoi ne pas concentrer sur un week-end ?
Déjà, j'aime bien les petites jauges, qui rendent un événement plus intimiste. C'est mignon, on y retrouve par hasard des potes qu'on n'aurait peut-être même pas croisés dans un gros truc. Et puis, si t'es pas dispo à une soirée, tu seras présent·e pour la prochaine. Il y a aussi le rapport aux sous, qui s'équilibrent sur l'ensemble des événements et qui rendent tout ça certes fatiguant, mais aussi moins stressant. Je réfléchis à créer un autre festival au format plus classique, condensé sur trois jours dans un seul lieu, mais on verra ça un peu plus tard.
Les premières éditions avaient aussi des expos, des ateliers de synthé, des tables rondes. Cette année, c'est uniquement du live et du DJ set ?
J'avoue, même si j'ai adoré intégrer des expos au festival, c'était beaucoup de travail. Peut-être qu'en équipe on pourra retenter pour les prochaines éditions. Les talks, c'était grâce à une collab avec le média La Zone — c'était super intéressant, donc pourquoi pas dans le futur. Les ateliers de synthé, j'y tiens de ouf. Il devrait y en avoir un cette année encore, mais on le décale après l'été, histoire d'alléger la charge de travail pendant les temps forts. On en a déjà conçu trois ; avec le quatrième, les copaines qui sont venu·es à chaque édition auront un setup suffisant pour proposer un live. J'espère vraiment que ça aura lieu, et en tout cas, je ferai tout pour.

Si tu devais convaincre quelqu'un qui ne connaît aucun nom de l'affiche de venir à une seule soirée ?
Évidemment, j'ai envie de dire toutes. Mais si je me force à en choisir une : la soirée du 15 mai au Molotov. J'ai déjà invité Musique Post Bourgeoise, et à la fin de leur concert, la seule chose que j'avais en tête, c'était qu'il fallait les réinviter pour que les personnes qui n'étaient pas là puissent vivre cette expérience. C'est la première fois que j'ai ressenti ça. Voilà, enfin la session de rattrapage, faut vraiment pas rater ça. Il y aura aussi le nouveau live audiovisuel de François Ier, que je suis grave impatient de découvrir avec vous, ainsi que les DJ sets de Z3NIA et de Tiziana. Ça va être incroyable.
En plus, on vient de me dire que le Molotov a upgradé son système son et que ça sonne au top.
“Aujourd'hui, il y a beaucoup de projets très intéressants, et parfois on se fait « concurrence ». Mais jamais de la vie je ne m'en plaindrais : c'était notre objectif, et ça y est. La bamboche ne fait que commencer. Je suis fier de notre ville.”
Quel est l'état de la scène indépendante à Marseille en 2026 ?
Musique Magique a trois ans, bientôt quatre. PailletteS et Abribus, c'était il y a presque dix ans. Omg le coup de vieux, merci bien. Pour ces vieux projets, en vrai, c'était plutôt simple : dans nos directions artistiques, il n'y avait quasiment rien d'autre. Les quelques personnes qui proposaient des événements similaires : Sourire jusqu'aux oreilles, Métaphore Collectif, Southfrap Alliance ou Chaos Technique. C'étaient nos potes, et on faisait en sorte de ne pas tomber le même soir. Du coup, nos fiestas étaient à peu près toujours sold out. Aujourd'hui, il y a beaucoup de projets très intéressants, et parfois on se fait « concurrence ». Mais jamais de la vie je ne m'en plaindrais : c'était notre objectif, et ça y est. La bamboche ne fait que commencer. Je suis fier de notre ville.


Un truc que tu voudrais dire et que personne ne te demande jamais ?
J'aime ma maman, j'aime la teuf et l'amour. Votez à gauche, et soutenez la scène alternative en venant aux événements gratuits et aux payants si vous le pouvez.

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Musique Magique #4 - les dates 2026
- Jeudi 30 avril — Embobineuse : Seul Ensemble, Sentimental Rave, Elisethere
- Samedi 2 mai — Brasserie Communale : Sana b2b Vanda Forte, DJ Startup
- Dimanche 3 mai — Méta : Lutèce Lockness aka Le Châ, DAREDA, Soupe Froide, Moon J
- Jeudi 7 mai — Soma : jeanne, Sacha, Shittyshed
- Vendredi 15 mai — Molotov : Tiz, François Ier, Musique Post Bourgeoise, Z3NIA
- Samedi 16 mai — Brasserie Communale : Raja, Reymour
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